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Ce qui élève l'âme

Vous trouverez ici des textes en prise avec l'actualité. Les rédacteurs s'inspirent de la Révélation d'Arès* pour essayer d'en donner un éclairage spirituel donc non polémique. Les pensées et réflexions sont celles du moment. De fait ce blog se lit comme on lirait un carnet de bord d'un créateur ou chercheur d'âme.

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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 10:36

152805253-marie-george-buffet-guy-moquet-symbole-d-une-resistance-qu.jpgune bonne occasion

d'éveiller les jeunes générations à vaincre la barbarie

toujours présente en nous.

 

Ce lundi 22 octobre au matin le gouvernement enjoint fortement aux enseignants de lire la lettre de Guy Môcquet en commémoration de l'exécution par le gouvernement de Vichy de ce jeune résistant communiste le 22 octobre 1941. Cette lecture fait écho à l'engagement pris le 16 mai dernier par le candidat Nicolas Sarkozy lors de sa visite au mémorial de Châteaubriant, à savoir que « sa première décision de président » serait de demander que la lettre d'adieu de Guy Môquet « soit lue à tous les lycéens de France le 22 octobre ». Une brochure de l'Education nationale à l'appui, le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos précise dans le bulletin officiel du 30 août 2007, que «dans les classes, la lecture de la dernière lettre que Guy Môquet adressa à sa famille le 22 octobre 1941 s'insérera au sein d'une réflexion sur l'engagement des jeunes qui firent le choix de la résistance et sur les valeurs de fraternité, de justice et de liberté".

Des enseignants ne sont pas d'accord, ils considèrent qu'ils n'ont pas à "instrumentaliser l'histoire". Entre autres syndicats, le SNES (syndicat national des enseignants de second degré, majoritaire) précise : "Nous ne 'boycottons' ni la mémoire de Guy Môquet ni celle de la Résistance", mais "notre travail d'enseignant n'a rien à voir avec une démarche qui vise à susciter l'émotion sans distance critique, sans replacer un témoignage, aussi poignant soit-il, dans son contexte historique (...) Or, la lettre de Guy Môquet (...) ne dit rien de son engagement, elle n'évoque que son amour de la patrie, de ses parents, de sa famille et son sens du devoir".

Au-delà des réactions partisanes - disons anti-sarkozystes de principe -, on peut comprendre la réticence de ces enseignants. Après la polémique occasionnée par une loi sur les aspects positifs de la colonisation, et bien d'autres avant elle interdisant de revisiter l'histoire, ne va t-on pas une fois de plus, dans une officialisation de la pensée, vers un "historiquement correct" ? Est-ce au pouvoir de décider pour tous comment nous devons considérer l'histoire, du bien et du mal, de la République ? Chaque homme n'est-il pas, par nature spirituelle, le déterminant absolu de sa liberté, l'auteur de son destin quand il le choisit et le créateur de ses propres valeurs ? Est-ce à l'Etat de dicter sa loi aux consciences alors même que la loi de 1905 séparant les Eglises de l'Etat implique qu'il n'a pas à se mêler de ces choses-là ? N'est-ce pas le sens même de la laïcité ? Rien à voir diront certains. Il s'agit de la Résistance, haut symbole de la République. Incontestable donc. Mais alors, pourquoi ne pas porter l'accent lors de la lecture de cette lettre sur les égarements possibles de la République qui peut donner naissance à un pouvoir indigne? Un gouvernement de Vichy par exemple, ce que tout pouvoir en démocratie peut un jour devenir ? Qu'à ce pouvoir officiel auquel il fallait obéir et se soumettre aux Allemands ne s'opposait alors que la force de conviction opposée des résistants largement minoritaires dans le pays ? Exactement comme aujourd'hui, certains croyants, partisans d'une vie spirituelle libre, sans religion inféodant, c'est-à-dire croyant au pouvoir du Bien et de l'Amour ranimés par l’homme individuel - les Pèlerins d'Arès par exemple -, résistent par la seule force de leur foi, de leur conscience, de leurs actions et de leur exemple, à l’inertie et aux idées et actes du monde, qui dans leur conscience leur paraissent préjudiciable. Ce qui fait d’eux des insurgeants qui, bien que pacifiques s’opposent dans l’esprit à toutes formes de domination.  Au reste, dans le registre des lettres émouvantes écrites dans des circonstances dramatiques, l'histoire nous offre l'embarras du choix, elles sont légion. Ne serait-ce que celles qu'envoyaient les poilus à leur famille pendant la guerre de 14-18. Quatre millions de morts en France. Pourquoi ? On ne sait même pas les causes profondes de cette guerre absurde. La patrie? L'honneur? La revanche ? Des mots qui ont fait couler les larmes et le sang. Le nationalisme est un sectarisme sans concession. Pas de quoi pavoiser pour la République. On peut donc comprendre le refus de certains enseignants. Pourtant, nous trouvons dommage qu'ils ne se servent pas de l'occasion pour enseigner de plus haut, de plus loin, en décalage avec les attendus de conscience civique et républicaine. La fraternité, disait le ministre, alors oui parlons de fraternité.

 Mais avant de continuer, qu'est-ce que la lettre de Guy Môcquet ? Rappelons le contexte. Le commandant allemand des troupes d'occupation de la Loire-inférieure avait été abattu par des communistes. Pour le sang de ce haut dignitaire, le gouvernement de collaboration de Pétain ne pouvait pas moins faire qu'exécuter en retour cinquante otages français tirés des camps de prisonniers, mais attention, pas n'importe quels français, des "mauvais" français, des communistes donc, « pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français » comme le précisa Pierre Pucheu, ministre de l'Intérieur de l'époque. Ouvrons ici une parenthèse, notons que le regard porté sur d'anciens proscrits comme les communistes a changé au point qu'aujourd'hui c'est un homme politique de droite, Nicolas Sarkozy, qui favorise sous la bannière des martyrs républicains leur légende, se proposant même de lire en commun la fameuse Lettre avec Marie-Georges Buffet, actuelle secrétaire générale du PCF! N'y aurait-il pas là pour des profs un peu ouverts matière à tirer des leçons profitables sur l'évolution des mentalités, la relativité des positions d'un moment, et en dégager une espérance pour toute minorité active ? Mais fermons la parenthèse et continuons, des communistes originaires de la région sont choisis à Nantes, à Paris et à Châteaubriant, ville où ils seront 27 à tomber sous les balles en refusant qu'on leur bande les yeux et en criant « Vive la France ! ». Parmi ces derniers, Guy Môcquet, un gamin de 17 ans et demi. On raconte qu'il s'évanouit avant son exécution et qu'on le tua dans cet état, soutenu par les plus âgés.

Que dit la lettre de Guy Môcquet ?

 

« Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j'aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c'est que ma mort serve à quelque chose. Je n'ai pas eu le temps d'embrasser Jean. J'ai embrassé mes deux frères Roger et Rino. Quant au véritable je ne peux le faire hélas ! J'espère que toutes mes affaires te seront renvoyées elles pourront servir à Serge, qui je l'escompte sera fier de les porter un jour. A toi petit papa, si je t'ai fait ainsi qu'à ma petite maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j'ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m'as tracée.

Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j'aime beaucoup. Qu'il étudie bien pour être plus tard un homme.

17 ans 1/2, ma vie a été courte, je n'ai aucun regret, si ce n'est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels. Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c'est d'être courageuse et de surmonter ta peine.

Je ne peux en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi maman, Serge, papa, en vous embrassant de tout mon coeur d'enfant. Courage !

Votre Guy qui vous aime

Guy »

Emouvant certes, presque insoutenable quand on pense que des hommes sont capables d'abréger froidement une vie d'enfant mais aussi et même plus encore, celle de 49 autres hommes mûrs - et pères de famille pour la plupart, une mort sans doute plus lourde de conséquences que celle d'un jeune homme - pour faire payer l'exécution d'un seul chef. Que dit-elle cette lettre ? Politiquement, rien. Rien sur son combat, rien sur la Résistance. C'est que ses propres convictions n'avaient sans doute pas eu le temps de mûrir et s'affirmer, Guy les avaient donc reçues de son père, militant communiste convaincu, comme c'est souvent le cas à cet âge-là. C'est donc des mots simples et touchants qu'un gamin qui quitte trop tôt et injustement ce monde adresse aux siens. Il espère seulement que "sa mort servira". Elle a servi un juste combat contre l'oppression nazie certes mais aujourd'hui si son souvenir ne se dissout pas dans les méandres des idées partisanes, elle pourrait servir à dénoncer toute barbarie, celle des bourreaux comme celle des victimes, qui couve toujours en tout homme, même aujourd’hui. Et donc en appeler souterrainement à  son antidote: l'amour du prochain.

Mais que vise le gouvernement actuel par cette lecture ? Qu'on se convainque que le gouvernement de Vichy, une manifestation de la république, était composé de gens indignes ? Qu'aujourd'hui puisque la République a fait son mea culpa, elle s'absout définitivement de ce genre de dérapage? Que Guy Môcquet était un brave petit français qui a démontré son grand patriotisme ? Sous-entendu : ados d'aujourd'hui qui ne croyez plus en rien, prenez-en de la graine! Etc. Sans doute un peu de tout ça. On doute cependant qu'on puisse parler aisément de fraternité dans un contexte de guerre civile, où les divergences se réglaient devant le peloton d'exécution. Les tenants et aboutissants dans ce projet de lecture restent donc confus, ils doivent ressortir davantage de l'illumination du "trait de génie" politique de l'actuel chef de l'Etat - ériger un symbole républicain "incontestable" (pas tant que ça en fait) et touchant, susceptible de faire l'unanimité, jeune de surcroît, par lequel on transcendera les générations et les clans politiques - que d'une réflexion mûrie. Il y a de l'impulsivité dans tout ça.

Mais au-delà de notre appréciation, une remarque s'impose : c'est que la République commence à ressentir à nouveau le besoin de symboles forts, de martyrs, de légendes mêmes. Bref, la République dévoile son substrat religieux. Les lois et les institutions ne parviennent pas à unir les hommes, les faire participer à un projet. Tous les discours convenus, ressassés sont incapables de nous enthousiasmer, de nous entraîner vers de nouvelles conquêtes, de relancer le goût de vivre, de se dépasser, le désir de faire corps et âme avec les autres. C'est ce qu'a ressenti vraisemblablement le Président de la République qui voudrait sincèrement, croyons-nous, à l'instar de son adversaire socialiste qui, elle, voulait réhabiliter le drapeau tricolore, nous entraîner vers une société plus confiante et plus solidaire mais qui ne dispose pour cela que des moyens pauvres et secs de l'Etat : Une mer sans rive où l'on ne pêche plus la vie (RA I,10 ).

L'émotion à elle seule porte-t-elle une quelconque vertu ? Aucune. Elle peut être un début, une introduction mais si on en reste qu’à ce stade, en cédant à l'émotion, on cède seulement à la mode people. Pleurer ensemble rassemble mais s’avère au regard de l’histoire constituer un préambule qui dure indéfiniment sans entraîner à la conquête,  au dépassement et à la tension profonde vers le bien. Une sorte de fête de héres (R.A.XXXV/5) qui n’enfante pratiquement pas de héros vertueux.  Bernard Laporte qui, par zèle pro élyséen mal placé, crut avoir une bonne idée en faisant lire à ses joueurs cette lettre juste avant la rencontre du match d'ouverture de la Coupe du monde de rugby France- Argentine, en fit l'amère expérience avec la défaite à la clé (remarquons cependant qu'il n'y avait pas besoin de ça pour perdre). Pour plomber l'ambiance... Cette lettre n'a donc pas le pouvoir magique de resserrer les liens de la nation. Rien n'empêche l'enseignant de replacer cette lettre dans son contexte et de  l'assortir d'un commentaire . N'est-ce pas l'occasion en effet de dénoncer la barbarie ? Toute barbarie. De cette lettre simple et touchante écrite dans des circonstances tragiques ne peut-on extraire un petit jus spirituel ? Pas seulement la dénonciation convenue de la barbarie nazie et de la collaboration mais celle de tout système quel qu'il soit dont procède la mort de ce jeune homme et des 49 autres fusillés avec lui, mais aussi celle de tous ceux tombés au champ d'horreur - de grâce ne parlons pas avec légèreté d'honneur - ces années-là, mais tellement d'autres avant et combien d'autres encore après? Le "plus jamais ça" que voudrait symboliser tous les monuments aux morts dont la fumée des guerres a cuit la brique pour la pile (RA XV,5 ) - n'est qu'une hypocrisie du monde qui se donne bonne conscience à peu de frais, parce que le système choisira toujours de sacrifier quelques jeunes hommes si ses intérêts sont en jeu. Voyez les USA qui ont envoyé au casse-pipe, au nom du patriotisme américain, sous l'étendard de l'antiterrorisme des dizaines de milliers de jeunes qui ne savaient même pas où situer l'Irak sur une carte. Ne croyons pas davantage que son assassinat par le système politique de l'époque transforme Guy Môcquet en saint de la République. Sans doute avait-il raison de s'engager comme résistant face à l'intolérable idéologie nazie mais rappelons aux générations à venir (RA 22/3) que les communistes n'en firent le choix que relativement tard puisque Staline avait commencé par faire alliance avec Hitler. Enfin, les communistes n'hésitaient pas plus que les autres à fusiller les leurs s'ils étaient soupçonnés de trahison. Le pouvoir communiste en URSS fit des millions de morts, le pouvoir communiste en France n'aurait pas fait mieux au nom de ses idéaux s'il avait vaincu et Guy Môcquet serait peut-être devenu un tortionnaire. Ce que nous fait réaliser ce film de K. Loach, Le vent se lève, où durant la guerre d'Irlande, un des leaders en vient à faire fusiller son propre frère de sang, pourtant partisan comme lui de l'Irlande libre, au nom d'une raison d'Etat toute neuve devenue irlandaise. Au fond, si les hommes avaient mieux compris leur lien de parenté avec le Père de l'Univers, tout homme qui en fait fusiller un autre n'exécute-t-il pas toujours son propre frère ?

Avec la Révélation d'Arès, nous savons désormais que la sortie de la barbarie n'est pas dans la démocratie et ses lois, dans la République, ses institutions et ses symboles, même si nous devons faire avec malgré tout aujourd’hui et peut être encore longtemps. Nous ne sommes pas plus civilisés que les Egyptiens et les Grecs anciens ou les gens du Moyen-âge, et que la non-barbarie, celle qui nous débarrassera du mal chronique dont souffre l'humanité ne viendra que d'un processus individuel qui engage tout l'homme et tous les hommes, et que nous  appelons pénitence. Pénitence, cela ne veut pas dire contrition ou remords sur ses fautes, mais volonté de se recréer, de renoncer effectivement au mal sous toutes ses formes, ici et maintenant, au quotidien, pour le transmuter en bonheur choisi, par le pardon et l'amour du prochain, et d'en transmettre l'envie, le goût et l'espérance active aux générations qui suivront. Alors là oui, comme support de cette espérance tendue vers l'avenir, la lecture de la lettre de Guy prendrait une certaine valeur.

Nicodème.

 

 

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